Deux-trois trucs à dire sur les relations affectives

13 juin 2005 par Aude

Une relation de premier ordre
J’ai toujours eu envie d’avoir une relation de premier ordre avec quelqu’unE. D’accord, j’ai avec mes parents, avec mes frères, une relation privilégiée, et ces liens m’autorisent à me croire aimée d’une manière spéciale par eux/elle. Mais c’est quand même râlant de ne devoir cet amour qu’au fait que je me suis donné la peine de naître. J’aimerais être aimée par quelqu’unE qui m’aurait choisie, qui me ferait passer dans le premier cercle de ses relations. Entendons-nous bien, je ne recherche pas à supplanter tout le monde dans le cœur de l’électeur/rice, si je veux être au premier rang c’est parmi d’autres, pourquoi pas. Et cette relation peut ne pas être amoureuse, mais amicale. C’est seulement que je n’ai pas envie de passer après celui ou celle qu’on trouve le plus souvent dans cette position privilégiée : unE amantE.
Un exemple : M. m’a souvent promis une relation privilégiée. « Oui mais ce que je vis avec toi c’est spécial ». Je ne faisais pas partie de la bande des amiEs, j’étais une amie à part. Et pourtant... M. me consacrait autant de temps qu’à une amie banale, et se livrait avec moi à des passe-temps eux aussi banals : sortie ciné, marché et cuisine, musée, etc. C’était chouette, je voyais bien que j’étais une super copine, avec qui toutes ces activités étaient très excitantes, mais je ne voyais pas ce qui m’extrayait du deuxième cercle pour m’attirer dans le premier. Car de loin je voyais M. accorder à son amant ce qu’elle me refusait : faire la sieste, étudier, lire, toutes activités que je dois pratiquer en solitaire, elle les pratiquait en sa compagnie à lui. Ce n’est pas l’absence de sexe dans notre relation qui me faisait mal (j’ai eu l’occasion de pallier ce manque et j’ai refusé d’en profiter), c’était de ne pas pouvoir partager ma solitude avec elle. Quand bien même j’aurais beaucoup d’amiEs avec qui j’irais boire des pots ou que j’inviterais à venir manger plein de soirs dans la semaine, je serais toujours seule dans ma vie quotidienne. Parce que jamais personne ne m’a admise dans son premier cercle. Bouh.

« Faire l’amûûûr »
Il est des mots ou des expressions qui me débectent au point que je ne peux pas les prononcer. Comme ce mot qui signifie jus de raisin fermenté en trois lettres. Peut-être parce que je les trouve trop beaux pour ce que c’est... Justement « faire l’amûûûr » (beurk), je peux pas. Il y a peut-être des amoureux/ses qui font ce que vous savez, mais c’est un infime pourcentage des genTEs qui baisent. Et encore, leur amour, c’est plutôt l’amour de l’amour, l’envie d’être amoureux/se, l’engouement pour quelqu’unE qui ressemble tellement à celui ou celle qu’on aurait choisiE rationnellement et de manière endogame si ce n’était pas Cupidon qui avait tiré au hasard sa flèche...
Moi je n’ai jamais fait la chose, comme vous le savez si vous avez bien lu le premier texte, au mieux j’ai couché avec des amis (pour le coup je ne féminise pas le mot, même si j’aimerais bien pouvoir le faire)... on a « fait l’amitié » alors ? Me morfondre pour des gars et des filles qui n’en avaient rien à faire de ma gueule pendant que le corps « exultait » ailleurs, comme on dit dans les chansons de Jacques Brel, ça m’a appris un truc : amour et sexe coïncident rarement. Et figurez-vous que je suis plutôt contente de savoir ça. Non seulement ça m’apprendra à ne pas tomber amoureuse de ma main droite, mais en plus je crois que c’est une belle lucidité. Ils sont trop verts, dit-elle...

La société m’a donné envie d’amour
Je crois que s’il n’existait pas un seul couple sur cette belle terre je me satisferais facilement de ne pas être en couple. Je vivrais très facilement sans amour (sentiment de premier ordre, voir le premier texte). Mais de voir mes nombreux/ses amiEs me faire passer après leur grand amour, ça me fait bien sentir que je loupe quelque chose, même si ma vie est pleine d’amitié partagée pour des genTEs intelligentEs et sensibles. Je dirais donc que c’est les autres, la société on va dire, qui m’a appris à avoir envie d’amour. On est peut-être porté naturellement vers les genTEs dans une espèce de sentiment brut de brut, mais l’amour c’est ‘achement trop sophistiqué pour être vrai, non ? Sans compter que passé trente ans ça commence à être chaud d’être invitéE en célibataire au mariage bourgeois de ses amiEs...

Sur l’irresponsabilité affective
Là je voulais finir en racontant comment je prends mes responsabilités avec mes amiEs, comment même si mes sentiments varient mon engagement envers eux/elles reste égal. Et si un jour il m’arrivait d’avoir unE amantE j’espère que mon désir à moi ne sera pas l’alpha et l’oméga de notre relation. Parce que la fameuse révolution sexuelle me semble plutôt être une libéralisation du marché du sexe. Je te prends, je te jette. Poser son désir comme une pulsion d’achat au supermarché c’est pas subversif c’est consumériste.
Voilà, j’ai très peur qu’on trouve ça réac, ou que ça soit trop dicté par une démission amicale/amoureuse dont j’ai été victime il y a trois ans (une autre M.), mais je voulais écrire ça quelque part, même si théoriquement c’est pas super bien ficelé.